dimanche 29 juillet 2007

Origines obscures de Colomb

Selon Paolo Emilio Taviani.

[... Le nom de Colombo vient du latin Columbus, et c’est sous cette forme qu’on le trouve dans les nombreux documents rédigés en latin qui sont conservés dans les archives de Gênes et de Savone et mentionnant Christophe et sa famille. Le dernier de ces documents date du 25 août 1479 et concerne la cause Centurione-Di Negro; il s'agit du document Assereto, dans lequel on lit : " Christoforus Columbus, civis Janue. "

Le nom Christoval Colon apparaît pour la première fois en Espagne sous une forme officielle dans les capitulations du 17 avril 1492, rédigées a Santa Fe, près de Grenade. A partir de ce moment-la le nom se fixe et se perpétue. Mais - comme le signale Caddeo(1) - ce ne fut pas ainsi que l'on appela tout d'abord Colomb en espagnol. Dans une " cédule " du trésorier de Castille, Alonso de Quintanilla, rédigée en faveur de Colomb et datée du 15 mai 1487, on lit : " Colomo extrangero, que esta aqui hacienda algunas casas complideras a servicio de sus Altezas, 3000 maravedis. "

Dans trois autres cédules datées du 27 aout et du 15 octobre de la même année, et du 16 juin 1488, d'autres subsides de 4 000 et de 3 000 maravédis chacun sont attribués au même "Colomo extrangero ". Le 12 mai 1489, une autre cédule royale est adressée a Colomo. En mars 1493, après le retour du Découvreur en Europe, le duc de Medinaceli écrivait au grand cardinal d'Espagne en rappelant la protection qui avait été donnée a Colomo dans les années précédentes. Enfin, en 1505, une lettre pour l'Amiral était adressée a Cristoforo Colomo.

Nous pouvons donc raisonnablement supposer que "Colomo" était le nom que l'on donna a Colomb au Portugal et qu'il conserva en Espagne jusqu'a son départ pour le grand voyage. Mais que le vrai nom "Colombo" soit bien connu dans le royaume est évident d'après ce qu'écrit dans sa "Chronica" l'historien et l'homme de confiance du roi Jean II, Ruy de Pina, qui avait assisté à Lisbonne, en mars 1493, au retour du Navigateur: "Christovam Colombo italiano, que vynha do descobrimento das Islas de Cipango e d'Antilia." Cependant, dans la lettre que le roi Jean écrit a Colomb le 20 mars 1488, ce n'est ni le nom de "Colombo" ni celui de "Colomo" qui apparaît, mais "Colon", de même que sur l'adresse ainsi intitulée: "a Christovam Colon nosso especial amigo en Sevilha".

Selon Caddeo, le Génois aurait adopté au Portugal le nom "Colombo" et celui de "Colomo", sorte d'adaptation populaire; en Castille, "Colomo" est une forme utilisée dans la région pour "Colon", ce dont le roi Jean eut connaissance et ce pourquoi il l'adopta. Madariaga - pour confirmer a tout prix sa célèbre thèse - consacre quelques pages de son ouvrage a l'explication de l'évolution du nom "Cristoforo Colombo" (Colombo Colomo - Colom - Colon).

La tentative de cet écrivain espagnol n'est pas convaincante et de plus il ne s'appuie pas sur des éléments objectifs et des preuves certaines.

En ce qui concerne la critique des théories de l'évolution du nom original "Colombo", outre ce que nous verrons plus loin dans la note concernant Ramon Menéndez Pidal, il ne sera pas inutile de considérer les observations de Ballesteros Beretta. Celui-ci ne parle pas de la construction fabriquée par Madariaga, mais de celle tout aussi fantastique de Luis Ulloa.

Ulloa part de la supposition que la documentation génoise qui se rapporte a Christophe Colomb n'a rien a voir avec Colon. Il s'appuie en particulier sur le fait que Xpval Colomo est une déformation castillane du nom Colom, comme Caboto ou Gabot est une déformation de Cabot. Le mot catalan Colom vient du latin Columbus, mais - toujours selon Ulloa - il était inconnu en Europe avant 1500, tandis qu'en Espagne on pouvait le trouver dans les limites de la Catalogne et du royaume d'Aragon.

La thèse du bibliothécaire de Lima se fonde sur des indices et des arguments tout a fait inconsistants.

Mais citons, pour conclure sur ce sujet, les quelques lignes dans lesquelles Ballesteros fait s'écrouler la construction de l'écrivain hispano-péruvien: "L'imagination enflammée d'Ulloa l'a poussé a faire une herméneutique sans fin. Comme il est très habile dans l'art de la recherche et de l'investigation, il expose ses preuves avec méthode, mais une méthode qui n'a de scientifique que l'apparence. Il part d'une graphie qui pouvait très bien varier selon les régions de la péninsule pour, avec un seul m, élaborer toute une généalogie catalane de l'Amiral. L'hypothèse galicienne avait pu trouver, au début, une apparence de raison; on a ensuite démontré que les documents de Pontevedra avaient été falsifiés. Dans l'hypothèse catalane, nous sommes en présence d'un système de seuls indices. Quel document, quel témoignage peut présenter Ulloa ? Absolument aucun! "...]

Paolo Emilo Taviani.

Notes :

Ce texte est un extrait d'une étude effectuée par un des plus grands historiens italiens de l'histoire Colombine sur les origines de Christophe Colomb. L'ouvrage a été publié en Italien, en 1980 :

  • Taviani, Paolo Emilio :“Cristoforo Colombo : la genesi della grande scopertaNovara - 1980 (IT\ICCU\TO0\0363075). T2, Annexes du chapitre IV, (P41, vfr).

(1) Caddeo, Rinaldi : "Journal de bord de Christophe Colomb, (1492-1493)". Édition originale du document en italien par Rinaldo Caddeo. Traduction en français par Georges Petit.

Autres sources d'information

"Historia del almirante Don Cristóbal Colón", par son fils Hernando, Venise 1571, version espagnole.

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