vendredi 17 août 2007

Guillaume de Casenove

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Les origines exactes de Guillaume de Casenove ou de Cazenove ou de Caseneuve restent totalement obscures.

"Immensi tremor Oceani"
est la devise que Louis XI à donnée à l’ordre de Saint Michel. Guillaume de Casenove se l’est appropriée, pourquoi ? En était le grand maitre ? Son lieu et sa date de naissance sont inconnues ainsi que le lieu de son décès probablement survenu vers 1483. Personne ne sait où il est inhumé ! nul ne sait ce qu’il est devenu.

Les Archives Nationales à Paris possèdent une fiche au nom de Caseneuve où il est indiqué : "On ne sait rien de lui, ni avant sa naissance, ni après sa mort".

Guillaume de Casenove, dit Coulon ou Colomb, est un cadet de Gascogne. On ignore comment il a fait la connaissance du dauphin qui deviendra Louis XI. Plus tard, devenu roi, le souverain conservera son amitié à Guillaume de Casenove à qui il confiera des charges importantes : Vice-amiral de France, Maître des Eaux & Forets de Normandie et de Picardie.
La juridiction des Eaux et Forêts a été instituée dans le royaume au XIVe siècle afin de contrôler, surveiller et juger toutes les activités liées à l’exploitation des bois et à la chasse et la pêche. L’organisation des Eaux et Forêts sera définitivement mise en place par l’ordonnance ou Code forestier de Colbert en août 1669.
Gaillarbois était un nid d’aventuriers et de hardis marins.

Le Vice Amiral de Caseneuve recevait dans sa maison Georges le Grec, Bûrlart, Jean de Coëtanlem et de nombreux autres comparses. Charles de la Roncière indique que le roi s‘y faisait accompagner par son Hindou dénommé Maistre Antoine de Neyn. Il est probable que ce personnage renseignait les marins français pour l’établissement de leurs cartes. Les français étaient à cette époque bien informés des découvertes portugaises.

Des marins français et bretons étaient au service du royaume de Portugal. Des marins portugais exercaient sur des navires français. Durant plusieurs années, après 1488, Barthélemy Colomb, frère de l’Amiral, séjourne au prés de Madame de Bourbon, fille de Louis XI.
Le roi était habitué à se faire héberger par des sujets. Louis XI était un familier de Casenove et s’invitait volonties dans sa demeure.

Le nombre de d’endroits où il s’est imposé est ahurissant. Il choisissait ceux en qui il avait confiance et se retrouvait parfois dans des logis modestes et inconfortables. Cela lui permettait de limiter ses dépenses personnelles mais aussi de connaître la situation de son royaume en profondeur. Selon sa pratique coutumière, il arrivait suivi d'un long cortège de bagages comportant tapisseries, draps, bois de lits, meubles, livres, oiseaux en cage, lévriers, sans oublier une horloge à cadran, qui sonnait les heures.

Guillaume de Casenove est connu sous plusieurs surnoms.

Selon les documents qu'il signe ou qui le désignent en France, Caseneuve est surnommé :
"Coulomp", "Couloux", "Coulon", "Coulaux", "Coulpe".



Un des nombreux autographe connus de Guillaume de Caseneuve.
(Collection de l'auteur)

Caseneuve ne se souciait guère de l'orthographe de son surnom. On ne connaît pas l'origine de tous ces surnoms. Certains les attribuent à des emblèmes, mais on ne sait pas lesquels avec précision. Les hypothèses fourmillent, seulent les preuves manquent. Pourquoi Guillaume de Casenove prit-il le surnom de Colomb ou Coulomb ou Coullon, comme il l’écrivait lui-même, sans soucis de la véritable orthographe de son nom ? Il serait difficile de le dire. Serait-ce par une sorte d’euphémisme ? Et aurait-on appelé Coulomb ce guerrier par cela même qu’il y avait en lui plus de l’aigle ou de l’autour que du pigeon ou du coulomb, comme on disait alors ?

On sait que Caseneuve possédait une nef construite à Honfleur, en 1470. Ce navire était nommé « la Colombe » (ou la "Coulon" Certains des premiers vaisseaux de combat des Anglais furent copiés sur le modèle de sa nef tant « le Coulon" s'était rendu redoutable. La nef anglaise "le Régent", de 700 tonnes fut construite en 1486 sur le modèle de la nef de Caseneuve.


Reproduction partielle d'un document ancien concernant Caseneuve.
(Archives de l'Association).




On rencontre des anomalies dans certains textes consultés.

Chez le père Anselme :

Le père Anselme nous indique :
«Guillaume de Casenove, dit Coulon, vice-amiral de France, & maître des Eaux & Forests de Normandie & de Picardie …..» et plus loin : « Il avoit épousé de la volonté du roi Louis XI. Guillemette Le Sec, dame de Gaillardbois en Normandie & de Charleval, près de Rouen ….. »


Gaillarbois, sur la carte de Cassini.
(Longitude : 01° 24' 21" Est ~ Latitude : 49° 20' 36" Nord)

L'anomalie porte sur le nom : à cette époque, Casenove ne pouvait pas être seigneur de Charleval car cette localité ne porte ce nom que depuis 1571 (circa). A cette date Casenove était déjà mort. Auparavant Charleval s’appelait Noyon sur Andelle. C'est sur ce nom qu'il faut effectuer les recherches.

Situé au confluent de l'Andelle et de la Lieure, Charleval doit son nom au Roi Charles IX (1550 - 1574), qui aimant à chasser en forêt de Lyons, fut séduit par ce site. Avant de prendre le nom Charleval (le val de Charles), vers 1571, cette localité s’appelait Noyon sur Andelle.

En résumé, Casenove était seigneur de Gaillarbois et de Charleval par son mariage avec la propriétaire des lieux. Il était maître des Eaux et Forêts de Normandie & de Picardie. Pour pouvoir porter ce dernier titre, Casenove aurait donc été vivant après le 23 décembre 1482, date du rattachement de la Picardie à la France par le Traité d'Arras. Pour ce qui concerne sa seigneurie de Charleval il y a un doute.

Les deux communes de Gaillarbois et Charleval sont distantes de 3,5 km à vol d'oiseau. Elles sont situées à 8 km au sud-ouest de Lyons-la-Forêt. Gaillarbois est à 10 km au nord des Andelys. Ces deux communes sont au bord de l'actuelle Route Nationale 14 (RN 14) qui va de Paris à Rouen. La RN 14 commence à Villeneuve la Garenne dans les Hauts de Seine. Elle commençait au Moyen-âge au châtelet et remontait au nord de Paris par la rue St Denis en direction de Rouen. Le tracé est resté le même. Elle est née vers la fin du XVIIIe siècle pour créer un second axe entre les deux grandes villes qui passerait par Pontoise. Elle reprend alors quelque peu le tracé romain de la Chaussée Jules César mais est constituée surtout par des déviations successives. De nos jours le nom de route nationale 14 n'est plus effectif qu'entre Cergy et Rouen.


Localisation de la région où exerçait Guillaume de Casenove.
(Carte mise à jour par Jean Michel Urvoy)



Normandie, Ortelius/Coignet, Antwerp, (Anvers) 1601,
dans : Epitome Theatri orbis Terrarum, (hand color).



Willem Blaeu , France, Amsterdam, (circa 1630)

(hand color, Size : 52.9 x 38.1 cm 20.8 x 15 inches).
Chez Leibniz.

Leibniz a confondu Guillaume de Casenove et Christophe Colomb. Cette erreur à été le point départ de plusieurs autres. Ce fait est rapporté dés 1900, par Charles de La Roncière qui est un expert sur l'histoire maritime de cette époque; il écrit :

"Le Vice Amiral Guillaume de Casenove dit “Coulon” en français et dans les textes italiens “Colombo”, eut tous les honneurs à son époque et, entre autres, celui d’être confondu avec Christophe Colomb, par un des plus grands savants du XVIIIe siècle, Leibniz [2]".

Caseneuve était bien connu à Gênes qui était l'alliée de Louis XI. C'est l'utilisation par les génois du surnom de Caseneuve, Coulon italianisé en Colombo, qui a induit en erreur de nombreux auteurs et fait penser que Guillaume de Caseneuve et l'Amiral de la Mer Océane étaient parents. Certaines personnes sont même allées plus loin et ont écrit que Colomb et Caseneuve étaient un seul et unique personnage. Ce qu'ils n'ont jamais réussi à prouver puisque c'est faux !

[1] Charles de la Roncière, “Histoire de la marine française”, tome 2, Plon, Paris 1900, troisième Édition. Page 333 et suivantes : "Le vice amiral Coulon".
[2] Leibniz, Gottfried Wilhelm, « Codex juris gentium diplomaticus » (Hanover, 1693).

Leibniz, Gottfried Wilhelm, (1er juillet, Leipzig, Allemagne ~ 14 novembre 1716, Hanovre, Allemagne). Gottfried Wilhelm von Leibniz naît à Leipzig le 1er juillet 1646 d'une famille d'origine slave. Il commence par étudier dans les livres choisis et variés que lui avait laissés son père, jurisconsulte et professeur de morale à l'Université de Leipzig. Il fut reçu docteur en droit à 20 ans. Leibniz fut à la fois jurisconsulte, publiciste, théologien, physicien, géologue, mathématicien et historien; mais c'est surtout comme mathématicien et comme philosophe qu'il est aujourd'hui célèbre. Il a écrit en latin, en français et en allemand.

Disciple de Descartes, il reprend des éléments du rationalisme cartésien, mais critique sa conception de la matière. D'Aristote, il retient le thème de la finalité, du finalisme. Leibnitz critique l'empirisme de Locke (1632-1704) mais tente de le compléter. Enfin il faut noter l'importance des sciences dans sa pensée : la physique mais aussi les mathématiques (il découvre en 1676 le calcul infinitésimal, en même temps que Newton).

Leibnitz se rend à Paris en mars 1672. En 1676, Leibnitz fait sa plus grande découverte mathématique : il invente le calcul différentiel (encore appelé calcul infinitésimal). Leibnitz quitte Paris en 1676 pour devenir bibliothécaire à Hanovre, appelé par le duc Jean Frédéric de Brunswick-Lunebourg. Il passe par Londres et par Amsterdam où il rencontre Spinoza. En 1687 il entreprit, à la prière du duc, une histoire de la maison de Brunswick : il parcourut à cette occasion l'Allemagne et l'Italie, recueillant une foule de documents précieux, qui lui fournirent la matière de plusieurs collections importantes dont le "Codex juris gentium diplomaticus", 2 vol. in-4, 1698; puis Mantissa, 1700; Specimen historiae arcanae sive anecdotae de vita Alexandri VI, Papae, 1696; Accessiones historicae, T. 1-2, 1698; Scriptores rerum Brunsvicensium, T. 1-3, 1707-1711.
De l’ensemble des sources historiques réunies par Leibniz et ses collaborateurs, ses successeurs bliobithécaires en fonction à Hanovre ont composé encore au XVIIIe siècle de vastes recueils (Johann Georg Eckhart, Corpus historicum medii aevi, T. 1-2, 1723; Christian Ludwig Scheidt, Origines Guelficae, T. 1-5, 1750-1753).

Chez Luis Ulloa,

Dans son ouvrage publié à Paris en 1927, Ulloa affirme que Colomb et Casenove ont navigué ensemble.... Il n'a pas lu Charles de la Roncière et affirme de ce fait plusieurs choses inexactes. Elles sont reprises de nos jours par les promoteurs de la théorie portugaise... qui ont fait du copier / coller avec certains textes de Ulloa ...

Ulloa se trompe dans l’orthographe du nom. Pour cette période il n'y a pas de marin français nommé "Casenove-Coullon". En revanche, on trouve le vice-amiral Guillaume de Caseneuve surnommé Coulon.

Il y a probablement des informations exactes dans la théorie d'Ulloa et dans son ouvrage. Mais elle sont cachées sous les erreurs et les affirmations non démontrées. L'auteur accumule des hypothèses qu'il présente ensuite comme des réalités. On ne trouve aucune preuve historique irréfutable dans cet ouvrage. Tout le livre est truffé de sophismes. Le résultat n'est pas convaincant. De plus, pour certains sujets ou thèmes que nous connaissons bien, on découvre de nombreuses inexactitudes. Ce qui donne des doutes pour le reste. Toute l'argumentation de l'Auteur repose sur des séries de suppositions et d'indices : on cherche ses preuves...

Voir notre page sur ce sujet.

Notes complémentaires:

Charles de la RONCIÈRE, (1870-1941), dont le nom complet est Charles Germain Marie Bourel de la Roncière, fut historien de marine, historien de la marine française, président de l'Académie de Marine, archiviste-paléographe (1892), membre de l'École française de Rome (1892-1894), conservateur du département des Imprimés de la Bibliothèque nationale. Il a fait sa thèse à l'Ecole des Chartes sur la période concernant Caseneuve : BOUREL de La RONCIERE Charles : La marine française sous Louis XI, Histoire médiévale, 1892.

Comme écrivain de marine Charles de la RONCIÈRE a laissé plusieurs ouvrages de référence.

  • "Histoire de la marine française", par Charles de La Roncière; In-8 ̊, pl.; Paris : Plon-Nourrit et Cie, 1899-1932. (Référence : BNF, Notice n° : FRBNF34065733.)
Contenu :
  • I. Les Origines. - 1899 ;
  • II. La Guerre de Cent ans. Révolution maritime. - 1900 ;
  • III. Les Guerres d'Italie. Liberté des mers. - 1906 ;
  • IV. En quête d'un empire colonial. Richelieu. - 1910 ;
  • V. La Guerre de Trente ans. Colbert. - 1920 ;
  • VI. Le Crépuscule du grand règne. L'Apogée de la guerre de course. - 1932

Nota : en plus de décrire la marine au moyen age, cet ouvrages comporte plusieurs chapitres dans lesquels l'auteur parle de Caseneuve et de Colomb. Luis Ulloa ne les a pas lus ainsi que plusieurs autres pseudo-historiens qui ont voulu aborder ce sujet....La Roncière a aussi écrit : "Avant Christophe Colomb"; In-8°, 13 p.; Nogent-le-Rotrou : impr. de Daupeley-Gouverneur, (s. d.); [Note : Extrait de la ″Bibliothèque de l'École des chartes″. T. LXI, 1900].

Documents de référence :

Nagerel, Jean : Titre : Histoire de Normendie contenant les faits & gestes des ducs & princes dudit pays, depuis Aubert premier duc & gouverneur d'iceluy, selon l'ordre & supputation des ans, continuez distinctement jusques à la derniere reduction d'iceluy pays : à l'obeissance de la couronne de France. Reveuë & augmentée en la pluspart oultre les precedentes impressions, & remise tout de nouveau en la langue Francoise."; A Rouen : par Martin le Mesgissier, 1598. (Format : 8° ; Collation : [4], 206, [2 bl.] f. (sig. [-]4 A-Z8 AA-CC8),Langue : Français.)

Jean-Michel Urvoy,
(extraits d'un texte rédigé en janvier 2007).
Texte régit par les lois en vigueur.
Copyrights : Association l'Amiral de la Mer Océane, France.

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