mardi 13 novembre 2007

Querelles et légendes sur les origines de Colomb

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Si la vie entière de Christophe Colomb est un vrai roman, c'est un roman encore plus étrange et plus compliqué qui est né des querelles relatives à sa naissance.

On peut aisément comprendre que quelques lettrés espagnols aient tâché d'attribuer tout le mérite de la grande découverte à l'Espagne, allant jusqu'à revendiquer la citoyenneté du principal protagoniste et héros de l'entreprise. Et l'on comprend aussi que - séparés pendant des siècles, et encore de nos jours, par leurs langues et leurs cultures - les Castillans et les Catalans se soient disputé l'honneur d'avoir donné le jour à Cristóbal Colón.

Mais quels monstrueux errements de l'imagination ont-ils pu engendrer un Colomb grec, un Colomb anglais, trois Colomb français, un Colomb suisse et trois Colomb portugais ?

Une théorie récente voudrait faire de Colomb un espion du roi Jean II de Portugal. Selon cette théorie cet espion aurait été chargé de détourner l'attention des espagnols de la découverte récente, faite par les portugais, de la Route des Indes en contournant l'Afrique.

Si cette théorie était exacte elle démontrerait que le roi Jean II de Portugal et ses conseillers ont fait preuve de la plus grande incompétence qui soit imaginable. Ils auraient commis la plus grande erreur stratégique de tous les temps. Envoyer chez l'ennemi un espion qui va découvrir pour les voisins qu'il espionne un continent à lui tout seul... sans aucun profit pour celui qui l'envoie. Cette théorie est totalement illogique !

L'envoi par le roi de Portugal d'un espion en Espagne, aurait fait de ce royaume rival et voisin, durant une période, le royaume le plus riche, le plus puissant, le plus grand du Monde .... Sans en tirer un seul bénéfice.

J'ai du mal à croire à la réalité de ce scénario et à imaginer quelles en sont les motivations.

Quels que soient les arguments présentés par cette thèse on se demande pourquoi un individu qui serait né dans ce pays aurait été envoyé découvrir un continent pour le compte d'un royaume voisin et rival.

Cette théorie n'a jamais été démontrée par des preuves réelles et sérieuses. Si elles existaient il y aurait lieu de s'inquiéter de la santé mentale d'un tel monarque.
Tout cela ne peut être expliqué que par l'incommensurable importance de l'entreprise, et les profondes conséquences qu'elle eut sur le développement de l'histoire humaine, par la figure mythique du Navigateur qui dévoila le premier au monde antique le mystère du monde nouveau, et par le caractère exceptionnel de son existence et de ses voyages.

Le mythe de Colomb, si exaltant, a fait naître chez des esprits exaltés et chez un grand nombre de dilettantes la tentation de se l'approprier.

On a connu le même phénomène à propos de Shakespeare, dont l'indiscutable grandeur, jointe à une renommée sans précédent, en raison de la diffusion de la langue anglaise dans le monde entier, a répandu à son sujet des fables tout aussi fantaisistes. Les personnages « mythiques» qui peuplent son théâtre semblent effacer l'apparente modestie du gentil­homme campagnard, leur auteur, pour être attribués à une personnalité plus importante par sa vie et sa culture, plus noble, ou bien - selon les cas - pourvue d'une psychologie plus complexe: et il devint tour à tour Bacon, le comte d'Oxford, le comte de Derby et même (pourquoi pas? qui peut connaître l'esprit féminin ?) une femme.

De toute façon, aucun document, aucun fait historique ne justifie, même partiellement, les histoires que l'on raconte sur la naissance de Colomb.

Tout à fait imaginaire est l'affirmation de l'Américain Goodrich qui identifie Colomb, le Découvreur, à un corsaire grec du XVe siècle, au service de la France, qui se faisait appeler Coulon ou Coullon.

Absolument gratuite, également, est l'annotation portée au bas de la page d'un livre publié à Londres en 1682, où l'on peut lire à propos du « famous Columbus» : « born in England, but resident at Genoa ».

Aussi invraisemblable, et sans plus de fondement, la prétention d'un écrivain portugais, selon lequel le Découvreur était un certain Gonzales Zarco, un noble qui s'était réfugié à Gênes et serait revenu au Portugal sous le nouveau nom de Christophe Colomb.

Il y a ensuite les nombreuses homonymies. Elles ont donné lieu à des légendes partout où se trouvaient des gens dont le nom de famille était Colomb. Mais il est significatif que ­tandis qu'en Ligurie, dans la région de Plaisance et celle de Montferrat, les revendications dues à des homonymies se manifestèrent tout de suite, dès le XVIe siècle - hors d'Italie elles n'eurent lieu qu'à la fin du XVIIe siècle, au XVIIIe siècle et même pendant le XIXe siècle.

Ainsi, en 1697, à Digne, un certain Jean Colomb, avocat, déclara qu'il était un descendant du Navigateur.

Deux siècles plus tard - à l'occasion du quatrième centenaire de la découverte des Amériques - des spécialistes en héraldique tentèrent à grand-peine de retrouver les origines des Coullon ou des Colomb de Bordeaux, de Bourgogne et de Savoie. Et un certain Monsieur Colomb - qui accueillit un des Ruffini, exilé en Suisse en 1834 ­croyait, avec autant de sincérité que de naïveté, qu'il était l'un des descendants du grand Christophe.

La liste ne s'arrête pas la.

De nombreux auteurs ont affirmé des idées, contredit des théories, certifié que des documents étaient faux. Mais qu'ont-ils fait des preuves qui justifient leurs affirmations ?

La suite de ce texte....


Henri Leroy...

D'après un texte de Paolo Emilio Taviani.
  • Paolo Emilio Taviani : "Cristoforo Colombo. La genesi della grande scoperta"; 2 v. : ill. ; 34 cm (In custodia); Novara, Ist. Geografico De Agostini, 1974.
  • Traduction du texte, de l'italien en français, par Bianca Maria Festa, Annie et Paule Oliver

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