lundi 10 mars 2008

Retour sur les origines de Colomb

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En 1931, le Journal de la Société des Américanistes de Paris, publiait sous la plume de Paul Rivet une information concernant Christophe Colomb. Ce texte citait le contenu d'un article publié le 27 décembre 1930, dans un journal de Lisbonne, "La Republica".

Dans cet article le journal portugais annonçait l'existence d'un livre publié peu de temps auparavant par Messieurs Antonio Ferreira de Serpa, ancien consul général et Santos Ferreira qui auraient trouvé dans les archives portugaises des documents prouvant que Christophe Colomb se serait appelé Salvador Gonsalves Zarco et qu'il serait le fils de l'infant portugais D. Fernando et d'une nièce de Joao Gonsalves Zarco, ou d'un frère de celui ci, qui aurait aurait été la fille de Bartolomeu Pestrelo, noble apparenté aux Bragances. (sic)

Paul Rivet (1876-1958) était ethnologue; il fut sous-directeur du laboratoire d'anthropologie du Muséum national d'histoire naturelle de Paris, Professeur au dit Muséum (1928, chaire d'anthropologie). Il fut un des concepteurs du Musée de l'homme avec Georges-Henri Rivière, puis directeur du Musée d'ethnographie du Trocadéro. Paul Rivet ne s'est pas appesanti sur cette histoire qui semblait pour le moins rocambolesque ... Il s'est contenté de la citer

Un an plus tard, toujours dans le même Journal de la Société des Américanistes, un dénommé Désiré Pector rédige, cette fois, un article sur le contenu de l'ouvrage cité par la revue portugaise. L'article de Pector nous apprend que "le major G.L. Santos Ferreira, grâce à une ingéniosité et à une patience admirable, a pu prouver par un déchiffrement original le mystère du nom et de la nationalité de Colomb. Son nom véritable serait Salvador Gonzalves Zarco. Colomb l'aurait transformé en un cryptogramme latin et hébreux, qui auraient ainsi caché mystérieusement l'exacte identité et la véritable patrie du navigateur" sic.

Après de telles révélations, tout le monde attendait ensuite la publication des preuves. Elles ne sont jamais venues. On s'attendait à voir les documents qui justifieraient ces informations étonnantes. Elles n'ont jamais été publiées.

Les preuves existent-elles ? On est en droit d'en douter. Car si elles existaient elles auraient été publiées depuis longtemps.

Dans ce texte Pector donnait l'impression d'adhérer aux théories rocambolesques des deux auteurs portugais. Pector n'était pas historien, il était consul général du Nicaragua à Paris.

Dans son texte Pector nous apprend que le travail de déchiffrement du major G.L. Ferreira est confirmé en tous points par un ouvrage de 126 pages intitulé : "Theatro genealogico, que contem as arvores de costados das principaes familias do Reyno de Portugal e suas colonias, pelo Prior Dom Tivisco de Nasao Zarco y Colona em Napoles – por Novelo de Bonis M.CX.II. (1112)".

Et Pector ajoute "... or ce Dom Tivisco était un prêtre qui se cachait sous l’anagramme de Jacinto de Sousa Sequeira ou plutot Fr. Jezronimo de Sousa, cousin de Colomb et mort à Madrid en 1711".

Rappelons que Colomb est mort à Valladolid, le 20 mai 1506, plus de deux siècles avant la mort de son pseudo cousin… C’est donc un cousin éloigné, et j'ajouterais très éloigné dans le temps…

Il est amusant de constater que le titre de l'ouvrage cité par Pector est erroné : Le titre exact n’est pas “...familias do Reyno de Portugal e suas colonias...” mais “... familias do Reyno de Portugal, & suas conquistas... [1] et selon la Bibliothèque de Portugal l’ouvrage ne comporte pas 126 pages mais au moins 231 pages.....

Pector s’appuie ensuite sur les affirmations d’un autre personnage, Antonio Ferreira de Serpa, ancien consul général à Lisbonne de républiques latino-américaines, auteur d’articles de journaux… En voici deux :

- « Christophe Colomb était portugais et son nom véritable était Salvador Gonsalves Zarco » in O seculo, 3 aout 1927.

- « L’île de Saint Domingue , Hispaniola ou Haïti fut découverte par les Portugais » in O seculo, 15 mars 1930.

écrire est une chose mais justifier ses dires en est une autre ! Ou sont les preuves de ces élucubrations ? Nulle part, parce qu'elle n'existent pas !

Lorsqu'on aborde les textes concernant la pseudo nationalité portugaise de Colomb qui n'a jamais été démontrée, on tombe à chaque fois sur des documents évasifs écrits par des personnes sans rapport avec l'histoire, ce sont la plupart du temps, des hommes politiques, des dilettantes fortunés, des amateurs de sensationnel. Certains de ces textes ont été repris au pied de la lettre par des charlatans ou des journalistes en mal de sensationnel et jamais un seul document historique authentique n'est publié pour justifier ce qui est écrit. On utilise une nouvelle élucubration pour justifier les précédentes.
Ces sornettes ont été écrites en 1930 soit soixante ans avant les canulars publiés en 1992 par un dénommé Mascarenhas Barreto qui a eu la grande "élégance" de se les approprier en donnant l'impression d'être à l'origine de cette étude. Mascarenhas Barreto a pillé chez d'autres à peu prés tout ce qu'il a mis dans son ouvrage ridicule sur Colomb. Cela est démontrable sans difficulté.

Notes :

[1] « Theatro genealogico, que contem as arvores de costados das principaes familias do Reyno de Portugal, & suas conquistas. Pelo Prior Dom Tivisco de Nasao Zarco, y Colona. Em Nápoles, (Pseud. Tivisco de Nasao Zarco y Colona usado quer por Manuel de Carvalho de Ataíde quer por Jerónimo de SousaSó foi publ. tomo I.) Source : Bibliothèque Nationale de Portugal, cote F. 29720BN - Fundo Geral Monografias.

Rivet, Paul : "Christophe Colomb portugais " in Journal de la Société des Américanistes, Paris, Année 1931, Volume 23, Numéro 1 p. 249 - 249.

Pector Desiré, "Découverte récente du vrai nom et de la nationalité de Christophe Colomb" in Journal de la Société des américanistes, Paris, Année 1932, volume 24, numéro 1. pages 192 et 194. - Désiré Pector, était consul général du Nicaragua à Paris.


Paul Legendre.


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