dimanche 13 avril 2008

Globe Céleste

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Globe céleste arabe portant les figures

des constellations ainsi que leurs noms en caractères coufiques.

Globe de bronze ; diamètre 18,3 cm, avec horizon.

Auteur : Ibrahim Ibn Said al- Sahli [Astronome] en Espagne, [Ca 1080]

Ce globe serait le plus ancien globe céleste conservé. Il n’est ni signé ni daté, mais sa comparaison avec un globe daté et signé conservé à Florence a permis de l’attribuer à Ibrahim ibn Said al- Sahli et de le dater de 1080. Les mille quatre étoiles qui y figurent sont regroupées en quarante-huit constellations, selon le système de l’Almageste de Ptolémée. Leurs figures, comme leurs noms qui sont en caractères coufiques, sont gravées sur le globe qui porte également des graduations en degrés à l’équateur et à l’écliptique, avec une numérotation tous les cinq degrés. Comme pour les autres globes arabes connus, les personnages des constellations regardent l’observateur, à l’extérieur du globe.

Source : http://gallica.bnf.fr/anthologie/

  • Sur le site de la BNF on trouve plusieurs autres illustrations de ce globe.
  • Instruments de marine et de navigation sur le site du Musée de Barcelone.

Paul Bending.
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Sur cette carte dessinée en 1560, par le cartographe portugais Oliva où on montre le monde connu à cette époque, on peut constater que la partie nord-ouest du continent américain est reliée à l'est de l'Asie.

Il faudra encore attendre quelques années pour détacher les deux continents.


Paul Bending.
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Atlas du monde, dit de Nicolas Vallard - 1547.

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Nicholas Vallard, Dieppe, 1547.

(illustration 1)
Carte portulan du sud-ouest de l'Europe.

(illustration 2)
Signature de Vallard.

Nicolas Vallard : navigateur et cartographe français du XVIe siècle, né au Havre, collabora à la célèbre école de cartographie de Dieppe et serait l'auteur d'un atlas de cartes des continents en 1547.

L'atlas du monde dit de Nicolas Vallard, contient 15 cartes nautiques, des tables de déclinaisons, etc.

Les quinze cartes portulans de cet atlas, témoignent d'une grande connaissance de la cartographie planétaire. Les contours de l'Australie sont une fois de plus représentés comme dans beaucoup d'autres cartes marines réalisées par les cartographes de l'école de cartographie de Dieppe. Les cartes sont dessinés avec le sud en haut de la carte.

  • 1. « Terra Java » (côte est de l’Australie ?)
  • 2. « La Jave » (côte du nord de l’Australie ?), une partie de l’Asie et l’Insulinde
  • 3. « Terra Java » (côte ouest de l’Australie ?)
  • 4. Golfe Persique et la Mer Rouge.
  • 5. Sud-est de l’Afrique et Madagascar.
  • 6. Océan Atlantique, côtes de l’Afrique et du Brésil.
  • 7. Nord-ouest de l’Afrique.
  • 8. Europe et nord de l’Afrique.
  • 9. Amérique du Nord, côte est.
  • 10. Amérique Centrale.
  • 11. Caraïbes et le Brésil.
  • 12. Amérique du Sud : Río de la Plata et détroit de Magellan.
  • 13. Europe et le nord de l’Afrique.
  • 14. Mer Adriatique.
  • 15. Mer Egée.
La sixième carte de cet atlas montre les cotes du Brésil. Il faut retourner la carte pour la lire avec le Nord en Haut. Elle représente la cote découverte par Christophe Colomb lors de son troisième voyage.

Le nord-est du Brésil et le golfe de Paria.

Légende des repères portés sur la carte ci-dessus.
1 - Hispaniola (Ile de Saint Domingue).
2 - Port Rico.
3 - Guadeloupe.
4 - La Dominique.
5 - Martinique.
6 - Sainte Lucie.
7 - Grenade.
8 - Tobago
9 - Trinidad (La trinité)
10 - Bocca del Dragon (Bouche du Dragon).
11 - Margarita (Ile Marguerite).

Cet atlas relié vers 1805 en maroquin rouge est orné d’or. L'Atlas a été probablement réalisé à Dieppe en France mais, compte tenu de l’influence portugaise dans la toponymie il a été dessiné soit par un cartographe portugais, soit influencé par un prototype portugais. Les cartes 14 et 15 semblent avoir été réalisées par une autre main, puisque la technique cartographique et le style artistique sont différents. Le premier feuillet contient, sous une sphère armillaire, l’inscription : « Nicolas Vallard de Dieppe, 1547 ». C'est cette inscription qui à fait croire que Nicholas Vallard en est l'auteur. Vallard n’est probablement pas le cartographe-dessinateur, mais très certainement le premier propriétaire, dont les armes pourraient être celles qui figurent au centre de l’illustration. (illustration 2)

Histoire de ce codex :
Ce document a appartenu à Charles Maurice de Talleyrand-Périgord, Prince de Bénévent (1754-1838). Talleyrand fut propriétaires de nombreuses œuvres d'art pour lesquelles on n'a jamais trouvé l'origine des acquisitions. Il vendît cet atlas le 8 mai 1816, durant son ambassade en Angleterre à Londres, à Robert Triphook ( n. 346). Ce document est aujourd'hui la propriété de la "Henry E. Huntington Library and Art Gallery", San Marino, California.

Autres sources d'informations :

Paul Bending.

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Références sérieuses pour l'Histoire des Indes.

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Quelques références sérieuses pour l'Histoire des Indes.

Historia del Almirante Don Cristóbal Colón. Segundo volumen / escrita por Don Fernando Colón.... -- Ed. facsímil. Sección de Historia. - Original: 1892.
Historia de las Indias / Fray Bartolomé de las Casas ; selección, edición y notas de José Miguel Martínez Torrejón. Cristóbal Colón.
Historia de las Indias de Nueva España y islas de Tierra Firme. Tomo I / por Diego Durán ; la publica con un atlas de estampas, notas e ilustraciones José F. Ramirez. -- Ed. facsímil. - Original: México, Imp. de J.M. Andrade y F. Escalante, 1867.
Historia de las Indias de Nueva España y islas de Tierra Firme. Tomo II / por ... Diego Durán. -- Ed. facsímil. - Original: México, Imp. de Ignacio Escalante, 1880.
Historia de las Indias. Tomo 1 / escrita por Fray Bartolomé de Las Casas, ahora por primera vez dada a la luz por el Marqués de la Fuensanta del Valle y D. José Sancho Rayón. -- Ed. facsímil. - Original: Madrid, Imp. de Miguel Ginesta, 1875.
Historia de las Indias. Tomo 2 / escrita por Fray Bartolomé de Las Casas, ahora por primera vez dada a la luz por el Marqués de la Fuensanta del Valle y D. José Sancho Rayón. -- Ed. facsímil. - Original: Madrid, Imp. de Miguel Ginesta, 1875.
Histoire des Indes de Las Casas.
  • Historia de las Indias. Tomo 3 / escrita por Fray Bartolomé de Las Casas, ahora por primera vez dada a la luz por el Marqués de la Fuensanta del Valle y D. José Sancho Rayón. -- Ed. facsímil. - Original: Madrid, Imp. de Miguel Ginesta, 1875.
  • Historia de las Indias. Tomo 4 / escrita por Fray Bartolomé de Las Casas, ahora por primera vez dada a la luz por el Marqués de la Fuensanta del Valle y D. José Sancho Rayón. -- Ed. facsímil. - Original: Madrid, Imp. de Miguel Ginesta, 1875.
  • Historia de las Indias. Tomo 5 / escrita por Fray Bartolomé de Las Casas, ahora por primera vez dada a la luz por el Marqués de la Fuensanta del Valle y D. José Sancho Rayón. -- Ed. facsímil. - Original: Madrid, Imp. de Miguel Ginesta, 1875.
Historia General de las Indias / Francisco López de Gómara; prólogo y cronología Jorge Gurria Lacroix.
"La Historia General de las Indias" del Rvdo. P. Fray Bartolomé de las Casas : informes de 1821 y 1856 / Martín Fernández de Navarrete [et al.].
La historia general de las Indias y nuevo mundo ... [Fragmentos] / [Francisco López de Gómara ; con anotaciones del Inca Garcilaso]. -- Ed. facsímil. - Original: Vendense en Çaragoça, en casa de Miguel de Çapila..., 1555 (en casa de Pedro Bermuz ..., 1554).
Historia general y natural de las Indias, islas y tierra-firme del mar océano. Primera parte / por el Capitán Gonzalo Fernández de Oviedo y Valdés ; publicala la Real Academia de la Historia ; cotejada... enriquecida... por José Amador de los Ríos. -- Ed. facsímil. Original: Madrid, Imprenta de la Real Academia de la Historia, 1851.
Historia general y natural de las Indias, islas y tierra-firme del mar océano. Tercera parte, Tomo IV / por el Capitán Gonzalo Fernández de Oviedo y Valdés ; publicala la Real Academia de la Historia ; cotejada... enriquecida... por José Amador de los Ríos. -- Ed. facsímil. - Original: Madrid, Imprenta de la Real Academia de la Historia, 1855.
Historia general y natural de las Indias, islas y tierra-firme del mar océano. Tomo primero de la segunda parte, segundo de la obra / por el Capitán Gonzalo Fernández de Oviedo y Valdés ; publicala la Real Academia de la Historia ; cotejada... enriquecida... por José Amador de los Ríos. -- Ed. facsímil. Original: Madrid, Imprenta de la Real Academia de la Historia, 1852. Historia natural y moral de las Indias / José de Acosta ; estudio preliminar y edición del P. Francisco Mateos.
Historia natural y moral de las Indias / del P. Acosta / M. Menéndez y Pelayo.
Historia natural y moral de las Indias : en que se tratan las cosas notables del cielo, y elementos, metales, plantas y animales dellas y los ritos y ceremonias, leyes y gouierno y guerras de los Indios / compuesta por el Padre Ioseph de Acosta .... -- Ed. facsímil. - Original: En Barcelona, a costa de Lelio marini ..., 1591. (Universitat de Barcelona. Fons de Reserva.)
History, Truth and Dialogue: Fernández de Oviedo's "Historia general y natural de las Indias" (Bk XXXIII, Ch LIV) / Kathleen A. Myers.


Henry Leroy.
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L'arsenal de Venise (notes)

Iconographic projection of the Arsenal in Venice.
Maffioletti G., Disegno II, Archivio Diplomatico della Biblioteca Civica di Trieste, Trieste, 1797.


Jm Urvoy.

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Gênes et ses palais.

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La ville de Gênes est située dans la région de Ligurie au nord-ouest de l’Italie sur la côte de la mer Méditerranée.

Ancien port ligurien, Gênes fut conquise par les Lombards au VIIe siècle et mise à sac à plusieurs reprises par les Sarazins au Xe siècle. À partir du XIe siècle, souvent en concluant des alliances avec d’autres cités États, les Génois renforcèrent leurs relations commerciales, passèrent maitres et précurseurs de la construction navale, de la navigation et de la cartographie, des techniques industrielles et bancaires et de la rédaction de contrats qui permettaient des partenariats et des investissements dans des affaires commerciales lucratives. Aux XIIe et XIIIe siècles, Gênes devint l’une des plus grandes villes d’Europe, avec une population de quelque 100 000 habitants vers l’an 1300. Au XVe siècle, elle connut un certain déclin et fut souvent gouvernée soit par les Français soit pas Milan.

Gênes et la Ligurie, entre 1339 et 1402.

Les Génois ont une part considérable dans l'histoire de la navigation et du commerce au moyen âge. Ils sont marchands et guerriers aux croisades, habiles en même temps à se ménager le trafic avec les infidèles de l'Égypte et de la Mauritanie. Ils disputent l'empire de la Méditerranée aux Pisans et aux Vénitiens. Leurs colonies brillent d'un grand éclat : celle de Péra tour à tour protège et fait trembler les empereurs grecs de Constantinople ; Caffa domine à l'extrémité de la mer Noire.

Il est curieux d'observer un peuple déjà célèbre et redouté en Orient quand, chez lui, il ne possède rien au-delà de l'étroite enceinte de ses murailles ; qui a fait de grandes choses au loin, n'ayant jamais eu pour territoire que quelques lieues d'une rive étroite et stérile où l'obéissance lui était contestée. C'est d'une association de mariniers, premier rudiment de son organisation républicaine, qu'on voit naître une noblesse purement domestique et municipale, mais bientôt illustre.

Dès le Moyen Âge, Gênes devint une Libero Comune, densément peuplée entre la mer et les collines. Politiquement, Gênes se caractérisait par un système de Contrade consortili, correspondant aux quartiers urbains, les Alberghi, c’est-à-dire divisés en zones d’influences par famille noble. La critique de ce système conduit à l’adoption d’un système rival de Dogi perpetui, qui resta en vigueur jusqu’en 1528. Andrea Doria (1468-1560), un amiral génois renommé qui avait servi des papes et plusieurs rois européens, construisit une flotte dont la puissance surpassa les corsaires de la Méditerranée. En 1528, il établit une nouvelle division sociale et une constitution aristocratique à Gênes qui perdura jusqu’en 1798. Sous la direction de Doria, une alliance avec l’Espagne autorisa les financiers génois à contrôler le commerce napolitain et espagnol et à recevoir de l’or du Nouveau Monde. En 1570, ils étaient les principaux banquiers de l’Europe catholique et Gênes était gouvernée par une oligarchie stable et prospère.

C’est dans ce contexte que se fit jour la nécessité de construire de nouvelles résidences pour ces quelques familles extrêmement riches, des résidences capables d’accueillir des hôtes distingués tels que des cardinaux, des gouverneurs ou des ambassadeurs visitant la ville. Ce besoin de représentation conduisit à la percée de la Strada Nuova à partir de 1551, et la liste officielle (Rollo) des palais choisis pour une représentation officielle fut proclamée en 1576. La typologie de ces palais aristocratiques se distingue clairement de celle de la période précédente du haut Moyen Âge, adoptant des unités spatiales grandioses (vestibules, escaliers monumentaux, atriums, jardins) et une riche décoration intérieure de style de la fin de la Renaissance et maniériste. Ce modèle a aussi été appliqué à d’autres parties de la ville.

Le quartier de Gênes

où se trouvent les palais construits aprés la découverte du Nouveau monde.


Gênes - palais Interiano Pallavicino (1565)

En raison de la déclivité du terrain, la typologie des palais s’ajustait aux conditions spécifiques de chacune de leur implantation. Les édifices comportaient généralement trois ou quatre étages, associant les halls d’entrée à de spectaculaires escaliers ouverts, des cours et des loggias surplombant des jardins construits sur différents niveaux dans un espace relativement restreint. Du fait des contraintes, chaque palais possède sa propre solution architecturale et un caractère particulier. La décoration commence presque toujours par la quadrature de la façade ornée de fresques et/ou d’un décor de pierre, se poursuit à l’intérieur par des atriums, d’élégants escaliers, des couloirs et des galeries décorés de fresques et de stucs. Les résidences de la Strada Nuova bénéficièrent de la maîtrise, de la créativité des artisans de Lombardie et de l’art de vivre fastueux des riches banquiers génois. Ce style grandiose fut reproduit Via Balbi au début du XVIIe siècle, où les thèmes furent poussés à leur paroxysme. Les palais de Giacomo et Pantaleo Balbi (1618-1645) et celui de Agostino Balbi (1618-1670) furent l’œuvre de l’architecte Bartolomeo Bianco. Le plus grandiose d’entre eux fut le palais de Stefano Balbi (1643-1655), qui devint par la suite le Palais royal de la famille de Savoie.

Localisation des palais dans la ville (1).

Localisation des palais dans la ville (2).

Informations complémentaires.

  • La statue de Colomb au centre de Gênes :
  1. http://www.liguriacards.com/genova/principe4/principe4.html
  2. http://www.liguriacards.com/genova/colombomon/colombomon.html

Henry Leroy.

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mercredi 9 avril 2008

Compas de mer.

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Compas n. m. XIIe siècle ; d'abord au sens de « mesure, règle ». Déverbal de compasser.

Compas est le nom de la boussole lorsqu’elle est utilisée sur un bateau. On parle parfois de boussole de navigation. Le compas de route est celui de l'homme de barre. Le compas renversé est fixé au plafond de la chambre du capitaine, il lui permet de suivre la route. Le compas de relèvement, est un compas servant au relèvement d'un astre ou d'un point à terre afin de déterminer l'azimut magnétique (on dit aussi Compas azimutal).Le compas gyroscopique est un outil moderne, il est constitué d'un gyroscope suspendu par son centre de gravité et animé électriquement d'une très grande vitesse de rotation, ce qui lui permet d'indiquer constamment la direction du nord géographique (on dit aussi Gyrocompas).

La boite à aiguille

Boussole, de l'italien bossolo, bossola, bussola, signifiant "petite boite".
La boussole est une petite boite creuse, généralement en bois, munie d'un pivot qui supporte l'aiguille aimantée. L'équipage mobile est parfois recouvert par une mince couche de mica transparent.

Les Chinois auraient remarqué les premiers que l'aimant était attiré par une masse de fer magnétique qui se situe aux environs du Nord de la terre. Son invention remonterait ai IIe siécle avant J.C. Un certain Lu Pou-wei, mort en 235 av. J.C. la mentionne dans un de ses ouvrages. Le dictionnaire Chone Wey, vers l'an 120 de notre ère, la mentionne également, et aux VIIe et VIIIe siècles, les navigateurs chinois utilisaient l'aiguille aimantée sur leurs navires. L'aiguille n'indiquait non pas le nord mais le sud, par égard pour l'empereur, car il fallait respectueusement tourner le dos à la Grande Ourse, résidence du souverain d'en haut dont il était le représentant sur la Terre.

Il semble que la boussole fut importée en Europe au XIIe siècle.

Il aura fallut environs quatorze siècles pour que la boussole soit connue en Europe au XIIe siècle, sous Philippe le Bel. Un poème de Guyot de Provins, vers 1180, parle d'une pierre laide et noirette appelée "marinette", c'est-à dire compagne des marins, utilisée sur la Manche et l'Océan. Les français furent, tout chauvinisme mis de coté, les premiers marins européens à utiliser la boussole, en Méditerranée durant la première croisade, en 1095. Elle était à cette époque très rudimentaire et fort peu commode à utiliser sur un navire.

Le principe magnétique était toutefois connu par les grecs car Aristote signale dans son De Anima que Thales aurait prétendu que "la pierre d'aimant a une âme parce qu'elle attire le fer". La pierre d'aimant ou magnétite doit son nom à la ville de Magnésie dans la région grecque de Ionie, située aujourd'hui en Tessalie (Chef-lieu : Volos). Platon lui aussi évoque la capacité magnétique de la pierre d'aimant et son étrange pouvoir de transmettre sa force attractive du fer.

Alors que les Chinois considéraient que l'aiguille de la boussole pointait vers le sud, les Européens inversèrent cette perception en estimant qu'elle pointait vers le nord. Cette inversion de l'orientation sera importante pour la création de théories sur la nature du pôle magnétique.

Les premiers documents européens qui la décrivent remontent à 1190. Un contemporain précise qu'il s'agissait là d'une aiguille aimantée renfermée dans une fiole de verre à moitié remplie d'eau : elle flottait posée sur deux morceaux de paille et on l'appelait "calamite". Mise en rotation par un aimant naturel approché par le pilote, l'aiguille se stabilisait selon l'axe nord-sud.

En 1269, Pierre Pèlerin de Maricourt rédige sa Lettre sur le magnétisme dans laquelle il décrit en détail la boussole et le compas.

On ignore l'origine précise de la véritable boussole mais, on peut dater l'apparition du nom : l'inventaire de bord du Saint-Nicolas, en 1284 porte: "calamita cum apparatibus suis et una bussula de ligno", ce qui fixerait l'origine sicilienne du mot bussola qui a donné boussole en français, vers cette période.

  • Les deux théories répandues à l'époque : Puisque l'aiguille de la boussole pointe vers l'étoile Polaire — laquelle est située sur l'axe céleste fixant la révolution des dix sphères célestes — elle doit être tributaire, pour ses propriétés, de l'étoile polaire.
  • La deuxième théorie, qui devait connaître une grande diffusion, posait que l'aiguille était attirée par une montagne magnétique s'élevant au pôle Nord.

Sur les premières boussoles, l'aiguille était fixée sur une mince feuille de papier ou de parchemin. Certaines aiguilles étaient tout simplement cousues sur le support. Il n'y avait pas, a cette époque, de colle suffisamment résistante à l'humidité pour assurer la fixation de l'aiguille.

En fait et pour mettre tout le monde d'accord, disons que la l'aiguille de la boussole indique un axe orienté sur l'axe magnétique nord-sud de la terre. Si quelqu'un décide de faire une marque sur le pôle sud de l'aiguille aimantée de la boussole alors ce repère se dirigera vers le pôle sud de la terre. Si on fait l'inverse on se dirigera vers le nord magnétique de la terre.

À l'époque moderne (après 1850 #) on a placé le compas à aiguille dans un habitacle avec des fers destinés à corriger les déviations du compas causées par les fers du bord. A bord d'un voilier ces déviations étaient indécelables à condition qu'on approche pas de masses métalliques de l'habitacle. À l'époque moderne on a utilisé des compas liquides pour les petites embarcations parce que le liquide amotissait les embardées. Cependant ces compas devaient être renversés pour refaire le plein qui à la longue s'évaporait laissant une bulle de plus en plus grande sur la vitre.

Il existe un grand nombre de boussoles différentes chacune adaptée à une fonction.

Boussole pour effectuer des relevés de terrain.


Le compas de marine comporte des particularités :
Le compas permet de connaitre à tout instant le cap du navire. Sa particularité est de rester en position stable dans un plan horizontal.

Le premier compas complet avec rose des vents semble du à un natif de St Gilles ­Croix de Vie, en Vendée. Il était d'origine ibérique, il s'appelait Pierre Garcie dit Ferrande, c'était en 1483. Très exactement le 31 mai 1483.

Charles de la Roncière, dans son Histoire de la Marine Française Paris, Plon, 1900 , indique que la rose des vents de Ferrande n'a 24 rumbs (divisions) au lieu de 32. (Illustration de gauche).





Les premiers compas flottaient sur une cuvette d’eau. S'il y a eu des compas liquides, à partir du moment ou à l'aide d’une pierre d'aimant on a appris à ré-aimanter les
aiguilles on est resté au modèle sec : une aiguille posée sur un pivot. Les compas à aiguilles ont parfois été suspendus à des cordages pour leur donner une stabilité horizontale afin d'éviter à l’aiguille de tomber de son support. L'inconvénient de ce genre de principe est de donner un mouvement pendulaire au système qui est fixé au plafond du bateau. Alors on est revenu à l'ancien système et on a fait flotter la boussole, petite boite en bois contenant l'aiguille, dans une cuvette contenant de l'eau. Cela fonctionnait bien sauf en cas de grosse mer car à ce moment les mouvements du bateau vidaient la cuvette et la boussole se retrouvait posée au fond de la cuvette... Il faudra attendre plusieurs dizaines d'années avant de trouver un système efficace de fixation du compas.

Au moyen âge, le compas était placé dans un habitacle ou bitacle placé devant l'homme qui tenait le timon. Il n'était pas question pour lui de faire des relèvements car de la barre on ne voyait pas l'horizon. De plus le travail de l'homme de barre était de gérer le mouvement du gouvernail et seulement de surveiller la route qui lui était indiqué par le pilote ou le capitaine. Ce bitacle contenait un logement où on plaçait une lumière qui permettait de voir la rose.

Christophe Colomb, le 13 septembre 1492, remarque, que l’aiguille aimantée ne se dirigeait plus exactement comme d’ordinaire vers l’étoile Polaire, mais vers un autre point fixe d’ailleurs invisible Colomb avait sans le savoir traversé le méridien commun au pôle géographique et au pôle magnétique, ce qui avait changé le sens de la déclinaison de l’aiguille.

L'explication de Colomb, en date du 17 septembre 1492, n'était pas tout à fait fausse : l'étoile Polaire n'est pas fixe, elle bouge mais à long terme. “Ils constatèrent que les aiguilles marchaient bien. Et cela arriva parce que ce n'était pas les aiguilles qui bougeaient, mais bien l'étoile Polaire". Colomb fut un des premiers marins européens à constater le phénomène de la déclinaison magnétique.
« Le principal instrument, le plus juste et le plus parfait que doit avoir un pilote, est l’aiguille de son compas : car il n’y a nul instrument qui montre tant la voie, comme fait celui-ci : considéré que sans lui tous les autres valent peu et sans les autres, il peut beaucoup. Par ainsi on peut comparer l’aiguille de marine, entre les autre instruments de la navigation, comme la vue de l’homme entre les cinq sens. » Voilà se que disait Pierre de Medine dans L’art de Naviguer, en 1554.

Le système de fixation du compas, attendu par les marins

Vers 1545, le mathématicien Gerolamo (1501-1576), Jérôme Cardan en français, a décrit un système de suspension qui porte désormais son nom : la suspension à la Cardan. Il s’agit de trois cercles articulés l’un sur l’autre, dont les axes sont déportés de 90 °. Ce système permet de conserver un plan horizontal durant les mouvement du bateau ou du navire. Il à été utilisé pour stabiliser de nombreux objets différents tels des réchauds de cuisson. Cardano dont le père était un ami de Léonard de Vinci, a décrit le système portant son nom dans un traité de physique intitulé De subtilitate rerum (de la subtilité des choses), dans le livre XVII de l'ouvrage qui en comporte XXI.

Le système décrit par Gerolamo Cardano existait déjà, semble t il, dans un tout autre domaine....

Cardano s’est inspiré de la réalisation d’un autre italien nommé Gianelli Torréano qui était au service de Charles Quint. Torréano était mécanicien. Cet italien de Crémone avait inventé, pour l’empereur, un siège de voiture qui conservait toujours la même position durant la marche de la voiture. Voir note à sujet de Cardano dans De subtilitate, livreI. C’est de cette chaise de voiture inventée pour Charles Quint que dérive le support de compas dit à la cardan.

Jean-Michel Urvoy,
avec l'aide de Paul Bending, Georges de Walque et Henry Leroy.


Information complémentaires.

Sur Cardan.

Gerolamo Cardano est parfois nommé Girolamo Cardano ou Hieronymus Cardanus en latin ou encore Jérôme Cardan en français. Il est né à Pavie, 24 septembre 1501, il est mort à Rome le 21 septembre 1576. Il était mathématicien, philosophe, juriste et médecin. Il professa les mathématiques, puis la médecine à Milan et à Bologne, voyagea en Écosse, en Angleterre, en France.
  • De subtilitate rerum, Nuremberg, editore Johann Petreius, 1550.
De subtilitate rerum, comporte 21 livre. L’ouvrage a été traduit en français par Richard Leblanc en 1556. L'édition française est la traduction de celle de 1554 : Les Livres de Hiérôme Cardan, médecin milanais, intitulés De la Subtilité et subtiles inventions, ensemble les causes occultes et les raisons d'icelles, Paris in-4. Elle comporte tous les passages censurés et supprimées dans les éditions postérieures.

D'après Stanislas de Guaita, ce traité serait bâti ésotériquement : les 21 livres qui le composent représentent les 21 clefs du tarot. Chacun de ses livres porte une rubrique spéciale. Ce livre traite de tout.. On conçoit, en le lisant, qu'il est malaisé de mettre en ordre un tel amas de connaissances, véritables ou erronées, d'observations justes ou de recettes empiriques. Il est presque aussi difficile d'en faire un résumé.

Le premier livre est intitulé De l'essence des choses, du vide et du mouvement. Le second livre est intitulé Des éléments et de leurs actions. Les livres suivants traitent Du Ciel, De la lumière, Des composés métalliques, Des Métaux, Des pierres, Des plantes (livre 2 à 7). Le huitième livre traite Des animaux engendrés par la putréfaction. Le neuvième livre traite De l'homme. Les livres suivants traitent Des sens et choses sensibles, De l'âme et de l'intelligence, Des subtilités inuitiles Des sciences; Des arts (Livres X à XVII); Des inventions merveilleuses et choses incroyables (XVIIIe livre). Les 3 derniers livres sont intitulés : Des esprits, Des anges, De Dieu et de l'univers.
Il existe plusieurs éditions de cet ouvrage :

La question de l'édition originale est indécise, entre trois éditions à la date de 1550 : une folio à Nuremberg chez Petri, et deux octavos, l'une à Lyon, et l'autre à Paris.
  • Cardan, jérome ; De subtilitate, libri XXI. Paris, J. Dupuys, 1551. In-8 de (24), 312 f. Vélin moderne à rabats. Jolie vignette à l'insigne de la Samaritaine, nombreuses figures dans le texte.
L’édition de 1551 à Paris ne diffère de celle de 1550 à Paris que par la feuille de titre, le reste du volume est rigoureusement identique en corps, figures et décors ; c'est donc bien le volume même de 1550 avec un titre en date de 1551 pour un libraire différent.

Pour une discussion plus approfondie des originales du De Subtilitate, on consultera l'article de Paola Pirzio, Note sulle tre redazioni del 'De Subtilitate' di Girolamo Cardano, dans G.Canziani, M.L.Baldi (ed.), Girolamo Cardano. Le opere, le fonti, la vita, Milano, Franco Angeli 1999, p. 169-179.

Sur la boussole et le compas

La pierre d'aimant ou magnétite doit son nom à la ville de Magnésie. Auparavant cette ville s'appelait Héraclée. Le premier nom de la pierre d'aimant, était, en grec, lithos Heracleia, pierre d'Héraclée. L'aimant reçu aussi le nom de pierre de magnésie. On l'a également appelé lydia ou lydiké lithos c'est à dire pierre lydienne.
Les égyptiens appelaient l'aimant l'os de Horus et le fer os de Typhon. Les latins utilisérent le mot grec magnès pour désigner l'aimant. Au moyen age l'aimant est appelé adamas par Jacques de Vitry dans son "Histoire orientale" publiée en 1218. En arabe l'aimant était nommé "al-maghnathis". En sanscrit, il était appelé "ayaskàntamani" ou aussi "tchoumbaka", le baiseur (donneur de baisers) de tchoubi, baiser. Les thibétains le nomment "rdho k'halen", pierre à l'aiguile d'acier.

boussole : n. f. XVIe siècle, bussole. Emprunté de l'italien bussola, variante féminine de bossolo, « petit récipient en bois », du latin populaire *buxula (voir Boîte). Cadran gradué au centre duquel est fixée une aiguille qui tourne librement sur un pivot et dont la pointe aimantée se dirige toujours vers le pôle Nord magnétique. Boussole ordinaire. S'orienter à la boussole. L'invention de la boussole a transformé la navigation. Boussole marine, ou Compas. La cuvette, l'aiguille d'une boussole. Une boussole de déclinaison, de direction. Près des pôles, la boussole ne donne plus d'indications valables. Fig. et fam. Perdre la boussole, perdre la tête, perdre la raison.

Compas : n. m. XIIe siècle ; d'abord au sens de « mesure, règle ». Déverbal de compasser.
1.
Instrument composé de deux branches, ou jambes, jointes à l'une de leurs extrémités par une charnière, et destiné à décrire des circonférences ou à mesurer des longueurs. Ouvrir le compas. L'ouverture du compas. Mesurer avec le compas. Tracer un cercle, un demi-cercle avec le compas. Faire une figure au compas. Compas à trois, à quatre pointes. Compas à pointes sèches, pour reporter des mesures. Compas à ressort. Compas quart de cercle. Compas à verge, dont la pointe et le traceur glissent sur une barre horizontale. Compas d'épaisseur, à branches recourbées. Compas de proportion, dont les branches sont deux règles plates et graduées. Compas de réduction, destiné à réduire des dimensions à une échelle donnée. Spécialt. Instrument de mesure utilisé dans différents métiers. Un compas de charpentier, de chapelier, de cordonnier, etc. Expr. fig. et fam. Faire tout par règle et par compas, au compas, avec une grande exactitude, une grande minutie. Avoir le compas dans l'œil, mesurer avec justesse, sans l'aide d'aucun instrument, les distances et les dimensions.
2. MARINE. AÉRON. Boussole de navigation. Observer, regarder le compas. Le compas de route, celui de l'homme de barre. Le compas renversé, fixé au plafond de la chambre du capitaine. Compas de relèvement, servant au relèvement d'un astre ou d'un point à terre afin de déterminer l'azimut magnétique (on dit aussi Compas azimutal). Compas gyroscopique, constitué d'un gyroscope suspendu par son centre de gravité et animé électriquement d'une très grande vitesse de rotation, ce qui lui permet d'indiquer constamment la direction du nord géographique (on dit aussi Gyrocompas).



Pierre Garcie
, dit Ferrande, est né en France, à St Gilles ­Croix de Vie en Vendée, d'un père espagnol et d'une mère française. Il est mort en 1520 à Saint-Gilles. Il avait rédigé un testament le 15 février 1503.







Ferrande est l'auteur d'un traité de navigation (première partie achevée en mai 1483 ; seconde partie achevée en juin 1484 ; édition princeps : Poitiers, 1520) - Ferrande est considéré comme le premier véritable océanographe. François 1er le qualifia de «l’un des maistres de navires les plus experimentez qui sont aujourd’hui et le plus cognaissant en navigage».




"Compas de variation, c'est une boussole qui a des pinnules par où on vise au Soleil, ou à quelqu'autre objet, pour voir à quel rumb de vent il répond. Il sert particulièrement à trouver la variation, ou la déclinaison de l'ayman".
Paul Hoste (S. J., Le P.) : Théorie de la construction des vaisseaux, qui contient plusieurs traitez de Mathématiques sur des matiérs nouvelles & curieuses"; In-fol., pièces limin., 172 p. fig., pl.;Lyon : Anisson & Posuel, 1697. Notice n° : FRBNF30618987. (Père jésuite - Collaborateur de Tourville et auteur de "L'art des armées navales", de "Théorie de la construction des vaisseaux" et de "Recueil de traités mathématiques qui peuvent estre nécessaires à un gentilhomme pour servir à la mer ou à la terre").

"Le compas aguja de marear en Espagnol, langucchia del Bossolo en Italien, c'est la Bossole ou la boëte de l'aiguille aimantée nommee Compas, laquelle est couuerte d'vn carton nommé la Rose, taillé en rond, & diuisé en 360. degrez ou parties égales en sa periferie: Sur lequel est figuré vn Compartiment de trente deux rayons ou demy diametres, réspondans à l'horison, & designant le quartier de trente deux vents: celuy du Nord qui meut & dresse la Rose, est pointé d'vne Fleur de Lys: l'Est ou l'Orient d'vne Croix, l'Oest ou l'Occident d'vne Aigle de l'Empire à deux testes.Les rayons de la rose sont nommez rins & rums, lesquels touchent à la circonference à distance égale d'vnze degrez vn quart, l'vn de l'autre. Le centre d'icelle balançant sur la pinulle de la bossole, est dans vne petite bosse nommée la chapelle, en Espagnol chapitel. Il y a des compas nommez de variation, qui ont vn petit obelisque ou stile droit sur la chapelle, pour reconnoistre & chercher en tous lieux la variation de l'aiguillle, ce qui se remarque, ou qui est obserué au leuer & au coucher du Soleil".
Estienne Cleirac : Vs et covstvmes de la mer, Divisees en trois parties. [ I. De la Nauigation. - II. Du Commerce Naual, & Contracts Maritimes. - III. De la Iurisdiction de la Marine. ]; Auec vn Traicté des Termes de Marine, Reglemens de la Nauigation des Fleuues & Riuieres. - Le tout Reueu, Corrigé & Augmenté par l'Autheur en cette derniere Edition. - Guillame Tavpinard, Bourdeaux, 1661.

Note du Commandant Hubert Michéa : "je crois que le plus ancien compas qui nous soit parvenu est aux Canaries. Voir la photographie in National Geographic, vol 170, n° 5; il est divisé en 160 subdivisions. C'est un compas sec c'est à dire une rose de papier tendue sur un cercle sur lequel sont placées des aiguilles. Le tout est suspendu au sommet d'une pointe de cuivre par une petite pierre creusée qui porte l'ensemble mobile".

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lundi 7 avril 2008

Pietro Martire d'Anghiera.

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Carte de l'Amérique publiée à Venise, en 1534, dans un l'ouvrage de Pierre Martyr.



Anghiera, Pietro Martire d' : « Libro primo della historia de l'Indie occidentali » ; 3 v. : ill. ; 4° ; italien, Venise, chez Stephano da Sabio, 1534.

L'éditeur :
Nicolini da Sabbio, Stefano.

Umanista e tipografo originario di Sabbio Chiese presso Brescia, attivo a Venezia, Verona e Roma, figlio di Turrino e fratello di Giovanni Antonio, Giovanni Maria, Pietro, Giacomo e Lodovico. A Venezia fu apprendista nell'officina di Andrea Torresano il vecchio e stampò sia da solo che con i fratelli, a Verona soltanto con i fratelli, a Roma da solo. A Venezia stampò con i fratelli testi greci per Andrea Cunadis e Damiano Santa Maria. A Roma fu "calcographus apostolicus" e compositore di edizioni in greco nell'officina di Antonio Blado.


L'ouvrage existe en version numérique sur le site de la BNF.

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FRANÇOIS, ou FRANÇAIS

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FRANÇOIS, ou FRANÇAIS, s. m. (Hist. Littérat. & Morale.) On prononce aujourd'hui Français, & quelques auteurs l'écrivent de même; ils en donnent pour raison, qu'il faut distinguer Français qui signifie une nation, de François qui est un nom propre, comme S. François, ou François I. Toutes les nations adoueis [p. 285] sent à la longue la prononciation des mots qui sont le plus en usage; c'est ce que les Grecs appelloient euphonie. On prononçoit la diphtongue oi rudement, au commencement du seizieme siecle. La cour de François Ier adoucit la langue, comme les esprits: de - là vient qu'on ne dit plus François par un o, mais, Français; qu'on dit, il aimait, il croyait, & non pas, il aimoit, il croyoie, &c.

Les François avoient été d'abord nommés Francs; & il est à remarquer que presque toutes les nations de l'Europe accourcissoient les noms que nous alongeons aujourd'hui. Les Gaulois s'appelloient Velchs, nom que le peuple donne encore aux François dans presque toute l'Allemagne; & il est indubitable que les Welchs d'Angleterre, que nous nommons Galois, sont une colonie de Gaulois.

Lorsque les Francs s'établirent dans le pays des premiers Velchs, que les Romains appelloient Gallia, la nation se trouva composés des anciens Celtes ou Gaulois subjugués par César, des familles romaines qui s'y étoient établies, des Germains qui y avoient déjà fait des émigrations, & enfin des Francs qui se rendirent maîtres du pays sous leur chef Clovis. Tant que la monarchie qui réunit la Gaule & la Germanie subsista, tous les peuples, depuis la source du Veser jusqu'aux mers des Gaules, porterent le nom de Francs. Mais lorsqu'en 843, au congrès de Verdun, sous Charles le Chauve, la Germanie & la Gaule furent séparées; le nom de Francs resta aux peuples de la France occidentale, qui retint seule le nom de France.

On ne connut guere le nom de François, que vers le dixieme siecle. Le fond de la nation est de familles gauloises, & le caractere des anciens Gaulois a toûjours subsisté.

En effet, chaque peuple a son caractere, comme chaque homme; & ce caractere général est formé de toutes les ressemblances que la nature & l'habitude ont mises entre les habitans d'un même pays, au milieu des variétés qui les distinguent. Ainsi le caractere, le génie, l'esprit françois, résultent de tout ce que les différentes provinces de ce royaume ont entr'elles de semblable. Les peuples de la Guienne & ceux de la Normandie different beaucoup: cependant on reconnoît en eux le génie françois, qui foime une nation de ces différentes provinces, & qui les distingue au premier coup - d'oeil, des Italiens & des Allemands. Le climat & le sol impriment évidemment aux hommes, comme aux animaux & aux plantes, des marques qui ne changent point; celles qui dépendent du gouvernement, de la religion, de l'éducation, s'alterent: c'est - là le noeud qui explique comment les peuples ont perdu une partie de leur ancien caractere, & ont conserve l'autre. Un peuple qui a conquis autrefois la moitié de la terre, n'est plus reconnoissable aujourd'hui sous un gouvernement sacerdotal: mais le fond de son ancienne grandeur d'ame subsiste encore, quoique caché sous la foiblesse.

Le gouvernement barbare des Turcs a énervé de même les Egyptiens & les Grecs, sans avoir pû détruire le fond du caractere, & la trempe de l'esprit de ces peuples.

Le fond du François est tel aujourd'hui, que César a peint le Gaulois, prompt à se résoudre, ardent à combattre, impétueux dans l'attaque, se rébutant aisément. César, Agatias, & d'autres, disent que de tous les barbares le Gaulois étoit le plus poli: il est encore dans le tems le plus civilisé, le modele de la politesse de ses voisins.

Les habitans des côtes de la France furent toûjours propres à la Marine; les peuples de la Guienne composerent toûjours la meilleure infanterie: ceux qui habitent les campagnes de Blois & de Tours, ne sont pas, dit le Tasse,

. . . . . . Gente robusla, e faticosa. La terra molle, e lieta, e dilettosa, Simili a se gli abitator produce.

Mais comment conciliet le caractere des Parisiens de nos jours, avec celui que l'empereur Julien, le premier des princes & des hommes après Marc - Aurele, donne aux Parisiens de son tems? J'aime ce peuple, dit - il dans son Misopogon, parce qu'il est serieux & severe comme moi. Ce sérieux qui semble banni aujourd'hui d'une ville immense, devenue le centre des plaisirs, devoit regner dans une ville alors petite. denuée d'amusemens: l'esprit des Parisiens a change en cela malgré le climat.

L'affluence du peuple, l'opulence, l'oisiveté, qui ne peut s'occuper que des plaisirs & des arts, & non du gouvernement, ont donné un nouveau tour d'esprit à un peuple entier.

Comment expliquer encore par quels degrés ce peuple a passé des fureurs qui le caractériserent du tems du roi Jean, de Charles VI. de Charles IX. de Henri III. & de Henri IV. même, à cette douce facilité de moeurs que l'Europe chérit en lui? C'est que les orages du gouvernement & ceux de la religion pousserent la vivacité des esprits aux emportemens de la faction & du fanatisme; & que cette même vivacité, qui subsistera toûjours, n'a aujourd'hui pour objet que les agrémens de la société. Le Parisien est impétueux dans ses plaisirs, comme il le fut autrefois dans ses sureurs. Le fonds du caractere qu'il tient du climat, est toûjours le même. S'il cultive aujourd'hui tous les arts dont il fut privé si long - tems, ce n'est pas qu'il ait un autre esprit, puisqu'il n'a point d'autres organes, mais c'est qu'il a eu plus de secours; & ces secours il ne se les est pas donnés lui même, comme les Grecs & les Florentins, chez qui les Arts sont nés, comme des fruits naturels de leur terroir; le François les a reçûs d'ailleurs: mais il a cultivé heureusement ces plantes étrangeres; & ayant tout adopté chez lui, il a presque tout perfectionné.

Le gouvernement des François fut d'abord celui de tous les peuples du nord: tout se régloit dans des assemblées générales de la nation: les rois étoient les chefs de ces assemblées; & ce fut presque la seule administration des François dans les deux premieres races, jusqu'à Charles le Simple.

Lorsque la monarchie sut démembrée dans la décadence de la sace Carlovingienne; lorsque le royaume d'Arles s'éleva, & que les provinces furent occupées par des vassaux peu dépendans de la couronne, le nom de François fut plus restreint; & sous Hugues - Capet, Robert, Henri, & Philippe, on n'appella François que les peuples en - deçà de la Loire. On vit alors une grande diversité dans les moeurs comme dans les lois des provinces demeurées à la couronne de France. Les seigneurs particuliers qui s'étoient rendus les maîtres de ces provinces, introduisirent de nouvelles coûtumes dans leurs nouveaux états. Un breton, un habitant de Flandres, ont aujourd'hui quelque conformité, malgré la différence de leur caractere qu'ils tiennent du sol & du climat: mais alors ils n'avoient entre eux presque rien de semblable.

Ce n'est guere que depuis François I. que l'on vit quelque uniformité dans les moeurs & dans les usages: la cour ne commença que dans ce tems à servir de modele aux provinces réunies; mais en général l'impétuosité dans la guerre, & le peu de discipline, furent toûjours le caractere dominant de la nation. La galanterie & la politesse commencerent à distinguer les François sous François I. les moeurs devinrent atroces depuis la mort de François II. Cependant au milieu de ces horreurs, il y avoit toûjours à la cour une politesse que les Allemands & les Anglois s'esforçoient d'imiter. On étoit déjà jaloux des François [p. 286] dans le reste de l'Europe, en cherchant à leur ressembler. Un personnage d'une comédie de Shakespear dit qu'à toute force on peut être poli sans avoir été à la cour de France.

Quoique la nation ait été taxée de legereté par César, & par tous les peuples voisins, cependant ce royaume si long - tems démembré, & si souvent prêt à succomber, s'est réuni & soûtenu principalement par la sagesse des négociations, l'adresse, & la patience. La Bretagne n'a été réunie au royaume, que par un mariage; la Bourgogne, par droit de mouvance, & par l'habileté de Louis XI. le Dauphiné, par une donation qui fut le fruit de la politique; le comté de Toulouse, par un accord soûtenu d'une armée; la Provence, par de l'argent: un traité de paix a donné l'Alsace; un autre traité a donné la Lorraine. Les Anglois ont été chassés de France autrefois, malgré les victoires les plus signalées; parce que les rois de France ont sçû temporiser & profiter de toutes les occasions favorables. Tout cela prouve que si la jeunesse françoise est legere, les hommes d'un âge mûr qui la gouvernent, ont toûjours été très - sages: encore aujourd'hui, la Magistrature en général a des moeurs séveres, comme le rapporte Aurélien. Si les premiers succès en Italie, du tems de Charles VIII. furent dûs à l'impétuosité guerriere de la nation, les disgraces qui les suivirent vinrent de l'aveuglement d'une cour qui n'étoit composée que de jeunes gens. François premier ne fut malheureux que dans sa jeunesse, lorsque tout étoit gouverné par des favoris de son âge, & il rendit son royaume florissant dans un âge plus avancé.

Les François se servirent toûjours des mêmes armes que leurs voisins, & eurent à - peu - près la même discipline dans la guerre. Ils ont été les premiers qui ont quitté l'usage de la lance & des piques. La bataille d'Ivri commença à décrier l'usage des lances, qui fut bien - tôt aboli; & sous Louis XIV. les piques ont été hors d'usage. Ils porterent des tuniques & des robes jusqu'au seizieme siecle. Ils quitterent sous Louis le Jeune l'usage de laisser croître la barbe, & le reprirent sous François premier, & on ne commença à se raser entierement que sous Louis XIV. Les habillemens changerent toûjours; & les François au bout de chaque siecle, pouvoient prendre les portraits de leurs ayeux pour des portraits étrangers.

La langue françoise ne commença à prendre quelque forme que vers le dixieme siecle; elle naquit des ruines du latin & du celte, mêlées de quelques mots tudesques. Ce langage étoit d'abord le romanum rusticum, le romain rustique; & la langue tudesque fut la langue de la cour jusqu'au tems de Charles - le Chauve. Le tudesque demeura la seule langue de l'Allemagne, après la grande époque du partage en 843. Le romain rustique, la langue romance prévalut dans la France occidentale. Le peuple du pays de Vaud, du Vallais, de la vallée d'Engadina, & quelques autres cantons, conservent encore aujourd'hui des vestiges manifestes de cet idiome.

A la fin du dixieme siecle le françois se forma. On écrivit en françois au commencement du onzieme; mais ce françois tenoit encore plus du romain rustique, que du françois d'aujourd'hui. Le roman de Philomena écrit au dixieme siecle en romain rustique, n'est pas dans une langue fort différente des lois normandes. On voit encore les origines celtes, latines, & allemandes. Les mots qui signifient les parties du corps humain, ou des choses d'un usage journalier, & qui n'ont rien de commun avec le latin ou l'allemand, sont de l'ancien gaulois ou celte; comme tête, jambe, sabre, pointe, aller, parler, écouter, regarder, aboyer, crier, coûtume, ensemble, & plusieurs autres de cette espece. La plûpart des termes de guerre étoient francs ou allemands; marche, maréchal, halte, bivouac, reitre, lansquenet. Presque tout le reste est latin; & les mots latins furent tous abrégés selon l'usage & le génie des nations du Nord: ainsi de palatium palais, de lupus loup, d'Auguste Août, de Junius Juin, d'unctus oint, de purpura pourpre, de pretium prix, &c.... A peine restoit - il quelques vestiges de la langue greque qu'on avoit si long - tems parlée à Marseille.

On commença au douzieme siecle à introduire dans la langue quelques termes grecs de la philosophie d'Aristote; & vers le seizieme on exprima par des termes grecs toutes les parties du corps humain, leurs maladies, leurs remedes: de - là les mots de cardiaque, céphalique, podagre, apoplectique, asthmatique, iltaque, empième, & tant d'autres. Quoique la langue s'enrichît alors du grec, & que depuis Charles VIII. elle tirât beaucoup de secours de l'italien déjà perfectionné, cependant elle n'avoit pas pris encore une consistance réguliere. François premier abolit l'ancien usage de plaider, de juger, de contracter en latin; usage qui attestoit la barbarie d'une langue dont on n'osoit se servir dans les actes publics, usage pernicieux aux citoyens dont le sort étoit réglé dans une langue qu'ils n'entendoient pas. On fut alors obligé de cultiver le françois; mais la langue n'étoit ni noble, ni réguliere. La syntaxe étoit abandonnée au caprice. Le génie de la conversation étant tourné à la plaisanterie, la langue devint très féconde en expresseions burlesques & naives, & trèsstérile en termes nobles & harmonieux: de - là vient que dans les dictionnaires de rimes on trouve vingt termes convenables à la poésie comique, pour un d'un usage plus relevé; & c'est encore une raison pour laquelle Marot ne réussit jamais dans le style sérieux, & qu'Amiot ne put rendre qu'avec naïveté l'élégance de Plutarque.

Le françois acquit de la vigueur sous la plume de Montagne; mais il n'eut point encore d'elévation & d'harmonie. Ronsard gâta la langue en transpertant dans la piésie françoise les composés grecs dent se set voient les Philosophes & les Medecins. Melherbe répara un peu le tort de Ronsard. La langue devint plus noble & plus harmonieuse par l'établssement de l'académie françoise, & acquit enfin dans le siecle de Louis XIV. la perfection où elle pouvoit être portée dans tous les genres.

Le génie de cette langue est la clarté & l'ordre: car chaque langue a son génie, & ce génie consiste dans la facilité que donne le langage de s'exprimer plus ou moins heureusement, d'employer ou de rejetter les tours familiers aux au'res langues. Le françois n'ayant point de déclinaisons, & étant toujours asservi aux aiticles, ne peut adopter les inversions greques & latines; il oblige les mots à s'arranger dans l'ordre naturel des idées. On ne peut dire que d'une seule maniere, Plancus a pris soin des assaues de césar; voilà le seul arrangement qu'on puisse donner à ces paroles. Exprimez cette phrasc en latin, res Coesaris Plancus diligenter curavit; on peut arranger ces mots de cent - vingt manieres sans faire tort au sens, & sans gêner la langue. Les verbes auxiliaires qui alongent & qui énervent les phrases dans les langues modernes, rendent encore la langue françoise peu propre pour le style lapidaire. Ses verbes auxiliaires, ses pronoms, ses articles, son manque ce participes déclinables, & enfin sa marche uniforme, nuisent au grand enthousiasme de la Poésie: elle a moins de ressour es en ce genre que l'italien & l'anglois; mais cette gêne & cet esclavage même la rendent plus propre à la tragédie & à la comédie, quaucune langue de l'Europe. L'ordre naturel dans lequel on est obligé d'exprimer ses pensées & de construire ses phrases, répand dans cette langue une [p. 287] douceur & une facilité qui plaît à tous les peuples; & le génie de la nation se mêlant au génie de la langue, a produit plus de livres agréablement écrits, qu'on n'en voit chez aucun autre peuple.

La liberté & la douceur de la société n'ayant été long - tems connues qu'en France, le langage en a reçu une délicatesse d'expression, & une finesse pleine de naturel qui ne se trouve guere ailleurs. On a quelquefois outré cette finesse; mais les gens de goût ont sû toûjours la réduire dans de justes bornes.

Plusieurs personnes ont crû que la langue françoise s'étoit appauvrie depuis le tems d'Amiot & de Montaigne: en esset on trouve dans ces auteurs plusieurs expressions qui ne sont plus recevables; mais ce sont pour la plûpart des termes familiers auxquels on a substitué des équivalens. Elle s'est enrichie de quantité de termes nobles & énergiques, & sans parler ici de l'éloquence des choses, elle a acquis l'éloquence des paroles. C'est dans le siecle de Louis XIV. comme on l'a dit, que cette éloquence a eu son plus grand éclat, & que la langue a été fixée. Quelques changemens que le tems & le caprice lui preparent, les bons auteurs du dix - septieme & du dix - huitieme siecles serviront toûjours de modele.

On ne devoit pas attendre que le françois dût se distinguer dans la Philosophie. Un gouvernement long - tems gothique étoussa toute lumiere pendant près de douze cents ans; & des maitres d'erreurs payés pour abrutir la nature humaine, épaissirent encore les tenebres: cependant aujourd'hui il y a plus de philosophie dans Paris que dans aucune ville de la terre, & peut - être que dans toutes les villes ensemble, excepté Londres. Cet esprit de raison pénetre même dans les provinces. Enfin le génie françois est peut - être egal aujourd'hui à celui des Anglois en philosophie, peut - être supérieur à tous les autres peuples depuis 80 ans, dans la Littérature, & le premier sans doute pour les douceurs de la société, & pour cette politesse si aisée, si naturelle, qu'on appelle improprement urbanité.

Article de M. de Voltaire, publié dans l'Encyclopédie.