mercredi 25 juin 2008

Armement des navires de Colón.

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Les indications du journal de navigation de l'Amiral de la Mer Océane sont tellement brèves et succinctes qu’on ne peut pas les utiliser pour se former un jugement, ni même approximatif, du nombre, de la qualité, de la forme et de la disposition des pièces d'artillerie montées dans les navires du premier voyage.

On ne doute pas, toutefois, par ces mêmes indications, de découvrir quelle artillerie elles portaient.

Selon l'extrait conservé par Las Casas et la transcription Martin Fernández de Navarrete publié dans "la Collection de voyages et découvertes qu'ont faites par mer les Espagnols" on sait quele journal de bord du premier voyage est renseigné et mis à jour quotidiennement.

Le 7 octobre 1492 Colón indique que "la caravelle Pinta tira une lombarde pour signaler la terre et a levé un drapeau au bout du mât".

Le 18 décembre, il écrit qu'en commémoration de la fête de la Vierge ils exécutèrent beaucoup de tirs de lombarde ; on a mis les drapeaux et l’on a paré la Nao. Vint à bord le cacique de Saint-Domingue, et au moment de partir on fit tirer beaucoup de lombardes.

En voulant ensuite que les Indiens aient une crainte réelle des armes espagnoles, après que se perdit la Santa Maria, nao capitana, "il a envoyé armer une lombarde à terre et tira sur cette nao ". Ceci était le 2 janvier 1493.

Un peu avant la fin de la construction du fort de la Navidad, il dit qu'il a laissé dedans beaucoup d'artillerie, de poudre et un artilleur.


Pour compléter ceci, il est nécessaire de consulter les premiers traités militaires du XVIe siècle, principalement les expéditions navales de D Alfonso V d'Aragon au royaume de Naples, vers la moitié du XVe, ceux de la guerre de Grenade entreprise par les Rois Castille et d'Aragon, l'emplacement de Malaga, où l’on a employé des forces navales.

L’armada qui est allée en l'Italie avec Gonzalo Fernández de Cordoue nous renseigne aussi. Celle du voyage de D Fernando à Naples en 1506 également. Et finalement, l’escadron qui a attaqué Berbería en 1505 et 1509.

En étudiant l'époque où a été effectuée la découverte des iles océaniques, les évolutions et les évolutions des armes n'ont pas été considérables durant cette période; ces documents offrent un enseignement certain.

On a étudié la façon de construire les armes à la fin du Moyen Âge d'après les documents de Capmany, Navarrete, du Comte de Clonard, ceux de Pérez de Castro, de Salles, de Barado et certains autres.

Il faut signaler l'ouvrage de D. José Arantegui et Sanz intitulé : " Apuntes históricos de la Artillería española aux XIV, XV et XVIe siècles". (Madrid, 1887 1891).

Ces ouvrages indiquent :

  • que les naos de la marine aragonaise à la fin du XIVe siècle et débuts du XV ne portaient pas plus de une, deux, trois et seulement quatre lombardes, selon le port.
  • Que le roi D. Alfonso V possédait en 1418, dans la galère royale, deux lombardes qui lançaient des balle de pierre de 7 et 9 livres. Ces armes ne possédaient que 10 projectiles par pièce.
  • Que l'autre galère royale, dans laquelle D Fernando a fait un voyage à Naples en 1506, portait une lombarde, deux cerbatanas (sarbacane) et deux pasavolantes.
  • Que dans les armées, pour la même époque, des naos apprêtées pour l'Italie et Berbería, bien que n’ayant pas été examiné surement, n’avaient pas plus de quatre lombardes sur chacune d’elles.
On pourrait déduire en examinant ces informations, que l'artillerie n'était pas nombreuse sur les navires du premier voyage qui ont pris le départ dans le port de Palos.

Et cela est confirmé par une cédule des Rois Catholiques, datée de 1505, envoyant livrer 10 lombardes, deux grandes et huit petites pour la caraque de Iñigo de Artieta, général de l’armada de Vizcaya. Il se trouvait à Cadix lorsqu'il apprit la découverte de Colón, et s'apprêtait à partir pour s’il était nécessaire de le protéger. Les deux grandes "tiraient des pierres chacune de soixante-dix livres" ; les autres étaient des "ribadoquines".

Dans les instructions qui ont été données à D. Manuel johan pour affréter deux caraques de 2.000 bottes chacune, on indiquait qu'ils montaient "cent lombardes de tous calibres, six d'entre elles de 25 à 30 livres, en tirant par des portes pont-levis (levadizas).

Tout cela esr conforme d’une certaine manière avec les données qu’offrent les témoignages des vues célébrées à Saona par Luis XII de France avec D Fernando en 1507.

Un historien se réfère à ce que l’amiral Philippe de Ravestain montrait à l'occasion une caraque nommé la "Charente", une des meilleures qui flottaient sur mer : elle portait à bord 1.200 hommes de guerre, sans les marins, et elle montait 200 pièces d'artillerie, dont 14 avaient des roues et jetaient des grandes pierres.

Cela ne contredit pas les références précédentes. Bien qu’en traitant les caraques qui étaient des navires de plus grand port et de capacité, et une tellement exceptionnelle par la grandeur et l'objet, comme la Charente, on comprend que, a part les 14 pièces encabalgadas, le plus grand nombre se composaient de horquillas et pinzote, fixes dans le bord, maniées par un homme, comprises dans la dénomination générique de pièces d'artillerie, distinguées en particulier avec celles de falconetes, versos et pasavolantes.

L'expression "beaucoup d'artillerie" employée par Cristóbal Colón en parlant de celle qui a laissé dans le fort de Navidad serait relative ou hyperbolique, comme se référant aux salves. On doit comprendre que, dans la forteresse, il a laissé toute celles que montait la nao perdue, bien que les autres l’encombraient elles devaient le servir. Il y fallait dans sa narration, la docilité et le naturel pacifique des Indiens, il voulait dire qu’il avait mis beaucoup d'artillerie, en l'estimant plus que suffisante pour leur gêner l'accès au fortin.

Le nombre effectif de la Santa Maria ne dépassait surement pas celui qu'il y avait sur la caraque capitana d'Iñigo d'Artieta, et en le supposant égal, c'est-à-dire, deux lombardes et six falconetes, elle est de ce fait bien armée, considérant l'époque et le port.

Soutenant l'hypothèse que la Santa Maria était une nef Cantabrique destinée au commerce avec les états de Flandres, qui conciliait dans la mesure du possible les moyens de sécurité avec la plus grande charge possible, il est a supposer que l'armement n'a pas été altérés afin d'entreprendre un voyage d'exploration pour lequel l’important était de disposer de vivres et de l'eau pour un aller-retour ; les approvisionnements étaient calculés, selon ce qu’ont dit quelques marins, pour une année, bien que le chiffre paraisse relativement exagéré.

La réalisation de pièces d'artillerie de bronze était a son en commençant durant le règne de doña Isabel. C'était le fer forgé que l’on employait le plus couramment pour la fabrication des armes de défense et d'attaque des places, ainsi que pour l'armement des navires. Les principales fabriques et fonderies de fer se trouvaient en Biscaye. Dans un document curieux du dossier de Simancas relatif à la commission qui a été donnée à Pedro Ruiz Ibarra et à Juan Pérez de Toulouse, tous les deux gascons, pour acheter dans leur pays les pièces qui manqueraient en organisant l'expédition de Mazalquivir en 1505, on trouve les dimensions, le calibre et le cout qu’on destinait aux navires.

à suivre.



Jean-Michel Urvoy.

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